Les données audio des salles de marché deviennent clef dans la maitrise du risque de non-conformité. La technologie vocale, dopée par les apprentissages profonds et déployée par la conformité de BFI, ouvre la voie à une capitalisation globale des données de l’entreprise.

Dans un contexte réglementaire en constante évolution, les données audio issues des conversations téléphoniques en salle de marché deviennent incontournables pour la conformité bancaire. La technologie vocale est de son côté révolutionnée par les nouvelles approches d’apprentissage profond associées à l’intelligence artificielle. Nous analysons le point de rencontre de ces deux tendances, à travers un déploiement innovant dans la salle de marché de Londres d’une grande banque de financement et d’investissement (BFI). Et si cette réussite signait non pas la fin d’une problématique technique pour la conformité, mais le début d’un grand nombre d’applications pour les établissements financiers, sur fond de transformation digitale ?

Partie I. L’avènement des données audio dans les processus de conformité

Les départements de conformité des banques de financement et d’investissement (BFI), des gérants d’actifs, des courtiers, et d’une façon générale des prestataires de service d’investissement (PSI) portent aujourd’hui un intérêt appuyé aux données audio issues des communications téléphoniques en salle de marché. Analysons les raisons règlementaires qui rendent les données audio incontournables pour la conformité.

« MIF 2 renforce et systématise les obligations de conservation des communications et les étend au téléphone. MIF 2 introduit également une obligation de surveillance et de contrôle de conformité des communications. »

Les nouvelles obligations MIF 2

Le premier vecteur de l’attention récente des départements de conformité pour les données audio est l’entrée en vigueur au 3 Janvier 2018 de la réglementation sur les marchés d’instruments financiers, MiFID II/MIFIR, dite « MIF 2 ». Par rapport à MIFID I, MIF 2 renforce et systématise les obligations de conservation des communications et les étend au téléphone (voir encadré1) ; cette conservation est toujours associée à la capacité de retrouver toutes les données liées à une transaction. MIF 2 introduit également une obligation de surveillance et de contrôle de conformité des communications et l’utilisation potentielle des données pour le contrôle de conformité à d’autres règlementations, notamment concernant les abus de marché et la protection des clients.

Un contexte d’inflation réglementaire

(figure1)Coûts juridiques des grandes banques en fonction des infractions sous-jacentes
2008 – May 2016, in billions of dollars.

Coûts juridiques des grandes banques en fonction des infractions sous-jacentes

« D’après un rapport de la BCE, les infractions au code de conduite, manipulations de marché ou encore blanchiment d’argent et évasion fiscale, pèsent pour 135 milliards de dollars de coût juridique sur 8 ans, presqu’autant que les coûts liés aux subprimes”

MIF 2 arrive dans un contexte dense de réglementation : depuis Bâle II et MIFID I en 2007, suivies par Dodd-Frank et FATCA en 2010, EMIR en 2012, ou encore Bâle III en 2013, de nombreuses réglementations se sont accumulées pour les prestataires de service d’investissement. Parmi les plus récentes, outre MIF 2 et la RGPD, citons la nouvelle réglementation contre les abus de marché MAD2/MAR entrée en vigueur à l’été 2017, et assortie dans la foulée d’un renforcement du « code de conduite ».

Cette inflation réglementaire s’est accompagnée d’une augmentation conjointe du spectre des contrôles, de leur nombre, et du montant des sanctions. D’après un rapport de la BCE , le montant cumulé des coûts juridiques de 2008 à 2016 serait de l’ordre de 270 Milliards de dollars – majoritairement en plans de remédiation. Au sein de ce montant, les infractions au code de conduite, manipulations de marché, ou encore blanchiment d’argent et évasion fiscale, pèsent 135 milliards de dollars, presqu’autant que les coûts liés aux subprimes (Figure 1)

Les infractions au code de conduite, manipulations de marché ou encore blanchiment d’argent et évasion fiscale, pèsent presqu’autant que les coûts liés aux subprimes Source : extrait d’un tableau du rapport de la BCE, Financial Stability Review, Mai 2016 – Special Features

Le même rapport relève des coûts juridiques pour les banques européennes entre 15 et 25 milliards de dollars par an, entre 2013 et 2015. Et si les montants globaux des amendes ont sensiblement diminué depuis 2015, notamment grâce aux investissements importants dans la conformité, certains experts s’interrogent :

« Faut-il attendre un nouveau cycle d’amendes avec l’entrée en vigueur de la directive MIF 2 à partir du 3 janvier 2018 ? »

Le risque de non-conformité est pris au sérieux par les banques et PSI. Au-delà même du risque d’amendes ou de remédiation, le risque d’image est pris en compte dans l’équation. La surveillance des communications téléphoniques mentionnée dans MIF 2 est considérée par beaucoup comme un moyen supplémentaire pour réduire le risque global de non-conformité, vis-à-vis de réglementations telles que MAR, le code de conduite, les luttes anti-blanchiment d’argent, anti-évasion fiscale et autres.

1 BCE, (2016), “Financial stability review, May 2016”

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A propos de l’auteur

Ariane Nabeth Halber : Directrice ligne stratégique speech

Ariane Nabeth-Halber, Directrice, ligne stratégique « Speech », Bertin IT ; Membre du board de LT-Innovate, the Language Technology Industry association ; Experte et Reviewer auprès de la Commission Européenne ; Docteure en Informatique et en traitement du Signal